LES TSUBA DE STYLE NANBAN
Les médecins se revendiquant d’un apprentissage
de leur science avec les européens (en particulier les hollandais) portaient
une tsuba nanban. Celles d’Hirado
s’inspirent à la fois des motifs chinois mais incorporent parfois des
éléments européeens tels que des lettres de l’alphabet ou des signes y
ressemblant, bien qu’illisibles. Ces gardes sont rarement signées à l’exception
du nom de Kunishige qui apparaît parfois.
Un certain nombre de tsuba étaient des shiiremono ( 仕入れ物, « stock de marchandise reçue »),
vendues comme cadeau à faire ou marquant le statut de certaines professions ou
samurai de rang inférieur. Le Kyushû et en particulier dans la province
d’Hizen, Nagasaki, Hirado,Kagoshima et
Tsushima, était des places commerciales importantes avec l’extérieur, étant les
lieux privilégiés d’échanges.
Ces shiiremono ou plus précisément sont des
pièces de qualité moyenne produites soit par des élèves soit par des artisans
moins habiles. Production « alimentaire », elles permettaient un revenu d’appoint en
étant commercialisés par des marchands ordinaires. Ces tsuba n’obtiendront pas
un certificat au Japon (hôzon de la NBTHK). Ceci étant dit toutes ne sont pas
des shiiremono et certaines tsuba dites nanban montrent un qualité de
fabrication tout à fait acceptable.
D’autres gardes s’inspiraient directement des
« étranges étrangers ». Quelques tsubas décrivent des européens
reconnaissables à leurs vétements typiques, mais aussi leurs esclaves
africains. Il est à noter qu’un d’entre eux a été le premier non japonais ayant
obtenu le statut de samurai. Nommé Yasuke par les japonais. Il fut capturé au
Mozambique par les européens . Il accompagna un prêtre jésuite en 1579. Les
japonais sont impressionnés par sa force
et Oda Nobunaga, ému par son histoire, demande au pretre de laisser
Yasuke au Japon. Il devient un de ses gardes du corps, a le droit de porter les
deux sabres et a la confiance totale de son suzerrain et s’illustre auprès de
lui à la bataille de Tenmokuzan en 1582
TSUBA NANBAN
Les tsuba nanban (tsuba s’inspirant des gardes des épées européennes) ont
vu le jour au 16ème siècle. Cela est du à deux événements majeurs dans
l’histoire du japon :
- En 1542, les portugais débarquent au japon avec leur culture et leur
technologie. Immédiatement les Japonais s’inspirent de l’art et de
l’armement des Européens. Les japonais connaissaient la poudre et quelques
armes à feu archaïques. Les mousquets portugais apparurent comme une grande
innovation. La production d’arquebuses jusqu’alors inconnues commence en copie
de ce que les armuriers peuvent voir.
- La tentative de conquête de la Corée par Toyotomi Hideyoshi en 1592.
Au début de la période d’Edo, le Japon est fermé aux étrangers. Cependant, vers
l‘ère Genroku (1688-1704), la province d’Hizen, et plus particulièrement
Nagasaki, par son éloignement de la capitale et sa situation géographique, a
été un lieu privilégié de l’influence étrangère au Japon, chinois et européens.
De ce fait ce fut un centre important de production de trois style de gardes :
- Les Jakushi
reprenant pour thèmes les sujets de la peinture chinoise
- Les Hirado, sur lesquelles on retrouve souvent des lettres Européennes
- les nanban reprenant le style européen et chinois, ces dernières étant le sujet de ce post. Nanban (ou Namban) 南蛮 signifie littéralement « Barbare du Sud » Ce mot désignait initialement les populations d'Asie du Sud et du Sud-Est. Le vocable est utilisé au 16ème siècle pour désigner les Européens et plus largement les personnes non issues de la culture Japonaise. Ces gardes sont plus particulièrement nommées Nanban pour celles s'inspirant plus directement du style européen et tsuba de Canton, pour celles provenant de Chine. Les tsuba chinoises n'ont pas de kogai et kozuka ana.
Garde de sabre chinois (18ème siècle)
Ce groupe de tsuba nanban est une classification
relativement récente, et il y a une carence de connaissance détaillée sur
les nombreux fabricants disséminés dans tout le Japon, du fait de
l’absence d’inscriptions sur leur travail rendant l'attribution impossible.
Elles sont souvent peu prisées par les collectionneurs, n’étant pas
représentatives de l’art japonais traditionnel. Elles méritent cependant qu’on
s’y arrête, ne serait-ce que par leur aspect historique.
Les matériaux :
Ces gardes sont essentiellement faite en fer avec, parfois,
quelques rehauts d’or effectués le plus souvent au mercure. Le
gardes en fonte moulée sont très fréquentes et peuvent montrer des
qualités très variées. Il est possible de trouver quelques gardes en bronze
(karagane) ou en laiton (shinshu). Les seppa dai sont souvent ouvragés.
Tsuba Nanban
Tsuba Nanban en bronze
Les Motifs
Deux types essentiels de motif sont trouvés.
- Le premier, même si les sujets traités sont typiquement
asiatiques, ils s'inspirent largement des entrelacs et rinceaux trouvés sur les
rapières européennes de cette époque
Garde de rapière (Source JJ Buigné) :
- Le deuxième est moins
exubérant, reprenant simplement les centres d'intérêts des Européens. Ces
gardes sont plus rares.
Avec un motif armorial de lions !!
1 - En haut relief (takabori) sur la plaque de métal, avec dorures au mercure :
2 - En sukashi :
Les sujets
Les sujets sont variés avec le plus souvent des
dragons (dragons d'eau en particulier)
Motifs floraux et animaliers
Plus rarement des personnages ou des kanji
Il ne faut pas confondre ces tsubas avec celles des
chrétiens, en particulier de la province de Satsuma, ou en copies d'objets
européens.
Tsuba signée Kaneiye, avec une figure religieuse
rajoutée, et tsuba de l'école Myochin
Tsuba fabriquée avec une pièce de monnaie
Serge Degore
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